Newsletter #16 (Semaine du 20 Avril)

C’est l’histoire d’un succès même à contre-courant: Bytedance, la start-up derrière TikTok, cherche à embaucher 10.000 personnes

Alors que de nombreuses entreprises font aujourd’hui face à des difficultés économiques et risquent de licencier, la crise sanitaire et le confinement semble au contraire réussir à la start up Chinoise Bytdance, qui cherche à embaucher plus de 10.000 personnes.

Cette start-up est derrière une douzaine d’applications et plateformes en lignes diverses, allant de l’éducation avec Quingbei au e-commerce, en passant par la musique ou le divertissement avec TikTok et ses 1.5 milliard d’utilisateurs. Ces applications connaissent un dynamisme d’autant plus important en période de confinement, avec plus de 3 milliards de personnes confinées dans le monde.

Malgré ses 60.000 employés, elle cherche donc à recruter 10.000 personnes à travers le monde dont 3.000 stagiaires afin de pallier les nouvelles problématiques liés à sa croissance, notamment un besoin accru de modérateurs lié au développement des fake news et contenus inappropriés. En proposant des conditions de travail attractives (hauts salaires, avantages en nature), elle se rapproche des méthodes de la Silicon Valley. De plus, sa valorisation, estimée il y a deux ans à 75 milliards de dollar est l’une des plus importante dans le monde des start up. Aujourd’hui, celle-ci approcherait les 100 milliards selon le Financial Times, ce qui en ferait la première « hectocorne » de l’histoire, c’est-à-dire la première start up à dépasser les 100 milliards de dollar de valorisation.

Résultats des banques US au 1er trimestre : les activités des marchés s’envolent, la banque de détail trébuche

Les 5 plus grosses banques américaines (JPMorgan, Bank of America, Wells Fargo, Citigroup et Goldman Sachs) ont publié cette semaine leurs résultats pour le 1er trimestre. Le bilan est clair, bien que toujours bénéficiaires, les banques US sont durement touchées par la crise du coronavirus. La baisse des bénéfices va de 46% chez Citigroup et Goldman Sachs jusqu’à 89% chez Wells Fargo, seule des 5 banques à voir son bénéfice trimestriel passer sous la barre du milliard de dollars (653 millions).

Cette baisse est principalement la conséquence d’une hausse faramineuse des provisions sur les crédits. Ces provisions sont une réserve que la banque met de côté en prévision des pertes liées au non-remboursement de certains prêts. Là encore la situation est contrastée puisque le montant de ces provisions est compris entre 937 millions de dollars chez Goldman Sachs (seule banque à avoir provisionné moins d’un milliard) et 6,8 milliards chez JPMorgan. En tout, au premier trimestre, ces 5 banques ont provisionné près de 20 milliards en prévision du ralentissement économique.

Ce contraste dans les résultats est lié à la spécialisation de chaque banque et au fait que la crise du coronavirus n’a pas impacté toutes les activités bancaires de la même manière. Les activités de banque de détail, directement exposées à l’économie réelle et au risque de non-remboursement, a considérablement souffert (bénéfice en baisse de 45% chez Bank of America). De même, les activités de gestion d’actifs, dont les revenus sont liés à la performance des marchés, se sont effondrées avec le krach boursier de la mi-mars (la division est même passé dans le rouge chez Goldman Sachs).

En revanche, les activités de marché ont profité d’une volatilité exceptionnelle et ont vu leurs revenus s’envoler (+32% chez JPMorgan, +28% chez Goldman Sachs). Enfin, les autres métiers de la banque d’investissement et notamment le DCM (conseil aux entreprises sur l’émission de dette) ont profité de la vague d’émission déclenchée par les entreprises désireuses de renforcer leur trésorerie avant la récession. La division DCM de Goldman Sachs a ainsi vu son chiffre d’affaire bondir de 25%.

Ainsi, les banques les plus exposées aux activités de détail, comme Wells Fargo ou JPMorgan ont été plus sévèrement touchées qu’une banque comme Goldman Sachs, très axée sur les métiers de la banque d’investissement. Cette tendance devrait se poursuivre alors l’économie continue de ralentir et que plus 22 millions d’américains ont perdu leur emploi depuis le début de la crise.

Shell veut prouver son engagement vert en renforçant ses objectifs ESG, même en temps de difficultés

La crise sanitaire a mis un grand nombre d’entreprises en standby, le Monde est à l’arrêt. Sauf peut-être Shell. En effet, le géant du anglo-néerlandais a décidé qu’il serait bon de tenir ses engagements, même en temps de crise. Il avait, ainsi, entrepris de montrer son engagement vert bien avant la crise, aujourd’hui il a décidé d’agir en renforçant ses objectifs ESG même si la situation ne s’y prête pas forcément. C’est un pari risqué mais apprécié de la part de la Coquille jaune.

Shell a donc des objectifs ambitieux pour la lutte pour le climat. Il a tout d’abord décidé de quitter les groupes de lobbying opposés à l’Accord de Paris pour se concentrer sur une amélioration de son image et de son impact écologique.

L’une des actions les plus marquantes est la mise en place de critères de performance environnementale pour fixer la rémunération de ses dirigeants. Mesure qui avait été entreprise en mai dernier lorsqu’une coalition d’investisseurs avait appelé Shell à aller plus loin et à “traduire sa stratégie climat en objectifs de court et moyen termes, alignés sur l’Accord de Paris pour la période cruciale de 2020–2030”. La mesure, d’abord rejetée, semble aujourd’hui porter ses fruits mais est cependant plus ou moins bien accueillie par les 1 200 cadres travaillant chez Shell. La décision sera ainsi soumise aux votes des actionnaires lors de l’Assemblée générale annuel qui aura lieu en 2020.

Shell ne va pas s’arrêter là, il veut également fixer des objectifs de réduction de son empreinte carbone à court-terme, et cela à partir de 2020 et malgré la crise sanitaire. Cela confirmerait la volonté qu’a l’entreprise d’évoluer depuis 2017 lorsqu’elle avait adopté des objectifs de réduction des émissions directes et indirectes de 20% d’ici 2035 et de 50% d’ici 2050. Les objectifs seront revus annuellement et seront reportés dans le rapport de développement durable de l’entreprise et dans son rapport annuel.

Finalement, la dernière mesure vise à examiner, tous les cinq ans et à partir de 2022, les contributions climatiques des États afin d’adapter sa propre stratégie pour améliorer son impact écologique.

BlackRock conseillera l’UE sur la réglementation “green” des banques

Bien que la sortie de la crise sanitaire actuelle soit sa priorité, l’UE n’en oublie pas pour autant ses objectifs en termes de développement durable. C’est pourquoi la Commission Européenne a récemment lancé un appel d’offre afin d’être conseillée sur la façon dont il serait possible d’intégrer le développement durable dans la réglementation bancaire en vigueur. Appel d’offre facilement remporté mercredi dernier par le gestionnaire d’actif américain Blackrock pour un montant de 280 000 €.

Pour Blackrock, l’opportunité de conseiller l’UE sur sa stratégie de développement durable tombe à pic afin de crédibiliser sa nouvelle politique dans laquelle les critères ESG (critères environnementaux, sociaux et de gouvernance) sont beaucoup plus pris en considération que par le passé, le gestionnaire d’actifs encourage par exemple les entreprises à divulguer plus d’informations sur leurs risques environnementaux. Ce changement dans la politique de Blackrock fait figure de virage à 180 degrés car la société américaine était connue pour ses investissements dans les énergies fossiles ou encore pour son refus de signer les pétitions d’actionnaires d’entreprises en faveur des ESG l’année passée.

La Commission Européenne, qui a jugé l’offre du gestionnaire américain la meilleure « tant sur le plan technique que financier », attend beaucoup de Blackrock. Elle souhaite en effet intégrer des facteurs environnementaux et sociaux dans les règles micro et macro-prudentielles qu’elle fixe aux banques de la zone Euro. Enfin, l’UE compte également sur Blackrock pour l’accompagner dans le développement de la finance verte.

Verizon cherche à profiter du “boom” des applications de vidéoconférence, en rachetant Bluejeans

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, un regain massif de la demande pour les applications de vidéoconférence se fait ressentir, afin de faciliter au maximum le télétravail. Les sociétés de vidéoconférence ont donc vu leurs performances bondir, c’est notamment le cas de Zoom, ayant gagné 190 millions d’utilisateurs depuis le début de la crise, entreprise aujourd’hui valorisée à 42 milliards de dollars.

Bluejeans, concurrent direct de Zoom, et un des leaders sur le marché des solutions de vidéoconférence avec 15 000 clients professionnels (dont Facebook), a été racheté par le groupe de télécommunications américain Verizon pour moins de 500 millions de dollars. En combinant la base de clientèle de Verizon avec l’expertise technologique de Bluejeans, cette opération vise à développer davantage l’offre de Bluejeans, notamment en incluant la 5G au cœur du service, permettant ainsi des performances décuplées ; ou encore en investissant dans la médecine et l’apprentissage en ligne.

Toutefois, certaines autres sociétés de télécommunication ont déjà tenté d’intégrer des applications additionnellement à leurs services classiques, mais cela ne s’est jamais traduit par des réussites, c’est pourquoi la plupart des clients préfèrent utiliser des applications indépendantes comme Skype ou Webex. Reste à voir comment Verizon et Bluejeans parviendront à sortir leur épingle du jeu.

Feu vert de la Chine pour l’acquisition de Mellanox par Nvidia à 6,9 milliards de dollars

C’est officiel, le lundi 11 Mars 2019, le géant américain de la Tech obtient le feu vert de la Chine pour racheter l’entreprise israélienne Mellanox, spécialisée dans les solutions réseau et le monde des serveurs. Alors que de vives tensions existaient avec son homologue Intel Corportation , ayant proposé 6 milliards de dollars pour l’acquisition de Mellanox, c’est finalement NVIDIA qui remporte la mise. Le financement de cette opération s’est fait à travers la trésorerie de Nvidia, et a été finalisé courant année 2019.

Le retard a eu pour cause une mise en attente du régulateur chinois. En effet, de nombreuses acquisitions entre des sociétés américaines et internationales ayant des activités importantes en Chine ont rencontré des difficultés pour obtenir l’approbation du régulateur du pays en raison de la guerre commerciale.

La décision de rachat, est le fruit d’une stratégie de long terme en accord avec les transformations structurelles du monde actuel. En effet, comme le rappelait le co-fondateur et CEO de NVIDIA, Jensen Huang, « l’émergence de l’IA et des data sciences, tout comme les milliards d’utilisateurs simultanés d’ordinateurs, font monter en flèche la demande sur les data-centers mondiaux ». Alors qu’en parallèle l’entreprise affichait une chute de 22% de ses revenus à son premier trimestre de son année fiscale 2019, ce fut l’occasion d’opérer un changement en douceur de son cœur de métier. S’adapter pour exceller, n’est-ce pas « la meilleure façon de jouer » ? (« the way it’s meant to be played », slogan NVIDIA).

👉🏻 (Qui est Nvidia Corporation plus précisément ? En savoir plus !)👈🏻

Les marchés boursiers progressent et naviguent entre incertitude et espoir

Les actions américaines ont enregistré deux semaines de progressions, la première fois depuis février, au moment où les investisseurs parient sur les efforts agressifs des banques centrales et des gouvernements. Les marchés, en pleine crise du coronavirus, espérant que ces mesures puissent atténuer les difficultés économiques actuelles.

Vendredi dernier, le S&P 500 a rebondi de 2,7% pour clôturer la semaine à plus de 3%, prolongeant un rebond de l’indice de plus de 30% par rapport à ses plus bas niveaux de la mi-mars. Le Cac 40 a été moins expansif, mais a tout de même rebondi de 24% entre les deux récents extrêmes du 19 mars et 14 avril.

Les devises émergentes entrent dans une zone de turbulence

Le choc causé par le coronavirus ne s’est pas arrêté aux frontières des pays développés. La chute de l’activité est mondiale et n’épargne pas les pays émergents, ni leurs devises. La paralysie de l’activité commerciale, ainsi que le choc pétrolier ont fait des dégâts sur les grandes devises des pays développés (couronne norvégienne, dollars australiens, néo-zélandais et canadiens) mais c’est chez les “émergents” que les chutes ont été les plus prononcées et les perspectives de reprises les plus incertaines.

Les devises d’Afrique du Sud, du Brésil, de Russie, et du Mexique ont cédé près de 20 % par rapport au dollar au premier trimestre de l’année en cours, la roupie indonésienne 15 % et la livre turque 10 %. Le peso argentin, qui avait perdu pas moins de 37% en 2019, n’a cédé que 7 % sur la même période. Ces devises, jugées vulnérables par les investisseurs, sont celles de pays dont la dette externe est supérieure à leurs réserves de changes. Les émergents endettés en dollars voient le service de leur dette augmenter à mesure que leurs monnaies se déprécient. Les banques centrales d’Indonésie, du Brésil, du Mexique, de Colombie et d’Egypte, sont intervenues sur le marché des changes durant la crise pour soutenir leur devise respective et tenter de la stabiliser face à la spéculation.

Sources: Bloomberg, Financial Times, Reuters, Les Echos, L’Agefi, CNBC

Rédigé par Hamza Lekhel, Mathilde Mellerin, Laure Sabot, Renan Savier de Saint Germain, Nils Bachelier, Arthur Rouchy, Guillaume Lejeune, Maher Zlitni et Hyppolite Fouquet