Don Giovanni et la séduction du ciel

5 mars 2015 mariapaola.gironda Teatro 0

Dans la lumineuse salle du Teatro Verdi de Gorizia, le mercredi 3 mars, l’effervescence du public était palpable, impatient d’assister à la représentation d’Alessandro Preziosi en tant que célèbre Don Giovanni di Molière, ainsi que directeur de la pièce .

La scène s’ouvre sur le cri du serviteur du Commandant et annonçant la mort de son maître. Sur fond macabre, presque mystique, l’événement s’est déroulé à la suite d’un duel, mis en scène par une danse sombre avec Don Giovanni, un maître perfide, cynique et libertin, qui se délecte de conquérir les femmes et de consommer des plaisirs charnels, puis les abandonner avec mépris.

La comédie tragique tourne autour des événements de Don Giovanni, un personnage à mon avis conçu pour être joué par Preziosi, qui a forcé Donna Elvira à fuir le couvent pour la séduire et finalement l’abandonner. Elle, bien décidée à retourner au cloître pour le reste de sa vie, annonce la malédiction du ciel à Don Giovanni. Don Giovanni, avec le serviteur Sganarello joué par le sympathique Nando Paone, échappe à une tempête, un signe donné par le ciel pour que le méchant protagoniste puisse avoir une seconde chance de se racheter. Sganarelle prévient son seigneur que des hommes à cheval le cherchent, alors ils s’enfuient dans la forêt. Don Giovanni aide un monsieur attaqué par trois bandits et découvre que c’est Don Carlos, l’un des frères de Donna Elvira, qui cherche Don Giovanni pour venger l’honneur de sa sœur. Reconnu, Don Giovanni est libre de son action généreuse. En entrant dans la forêt, il se retrouve devant le monument funéraire du Commendatore, qu’il a assassiné, qui accepte l’invitation à dîner qui lui est donnée en cascade par Don Giovanni. Même Don Luigi (père du protagoniste), comme le superstitieux Sganarello, montre son ressentiment envers son fils à cause de sa persévérance à pécher contre Dieu. Donna Elvira revient lui dire qu’elle se retirera dans la vie religieuse et le supplie de se repentir. Don Giovanni décide ainsi de devenir un homme d’Eglise, non par vocation, mais parce qu’il croit que cela peut faire taire son père et lui permet d’avoir un alibi pour ses futures histoires «d’amour». Un fantôme l’avertit qu’il sera bientôt puni mais à l’arrivée de la statue du Commendatore, qui le pousse à se repentir une dernière fois, Don Giovanni est toujours indifférent. Le ciel sait ce qu’il réserve à l’athée irrévérencieux. Le vrai péché de Don Giovanni n’est pas son comportement irrespectueux, mais l’arrogance de pouvoir séduire le Ciel, comme ses amants, et donc avoir le dessus. Il devient ainsi l’emblème du carpe diem, du plaisir charnel, de l’oratoire mis au service des déceptions et de la moquerie de l’irrationnel, restant enveloppé dans sa conscience dans le mystère de la fin.

La musique qui suit l’ensemble de la performance accompagne parfaitement la scénographie numérique originale, qui permet la projection sur la toile blanche d’arrière-plans liés aux différents décors. Le chant des oiseaux dans la forêt, les violons dans les scènes les plus tristes, les trompettes sous les lignes comiques de Sganarello, donnent une harmonie indissoluble aux trois éléments: le fond, le jeu et la musique.

Le soin minutieux des costumes du XVIIIe siècle, ornés d’or et de dentelles, donne royauté et austérité au spectacle. Le choix minutieux des vêtements des acteurs projette la mise en scène dans son temps; au contraire, l’utilisation de la technologie sur scène fait de cette refonte la fille de notre époque.

Le travail de Molière est intemporel, c’est pourquoi il a été retravaillé d’innombrables fois, et malgré la description d’un personnage si entendu et éternel, il reste difficile à décrire, changeant et donc toujours insaisissable. La principale qualité de ce Don Giovanni revisité est l’interprétation de Preziosi, un acteur qui, comme il l’a déclaré dans plusieurs interviews, tente à travers le théâtre de donner au public de la télévision une vision plus mûre et consciente de son métier. Ainsi, la confirmation de la conscience et de la maturité de l’interprète s’est pleinement confirmée dans l’implication émotionnelle du public qui, à la fin du spectacle, a exprimé avec joie la jouissance la plus autoritaire. C’est un Don Giovanni, celui de Preziosi, qui tout en conservant son universalité est fortement personnalisé par un acteur intense au caractère imposant, qui a dominé la scène pour sa part.